Les agrumes face au froid : guide pratique pour une culture réussie

La culture des agrumes
Pour beaucoup d'entre nous, les agrumes sont un rêve d'exotisme... L'histoire de notre pays nous conduit à les associés aux pays du sud de la Méditerranée, synonyme de sécheresse, de températures toujours positives et de grande luminosité, qui rendraient leur culture impossible au nord. Et pourtant... Si les gels hivernaux limitent leur possibilité d'extension en pleine terre vers le nord, nous prétendons, avec d'autres, que les agrumes ne sont pas réservés aux « privilégiés » du Sud, qu'ils sont riches d 'adaptations et que le froid, jusqu'à un certain point, est un atout.
LA RÉSISTANCE AU FROID
Seules les régions côtières du sud de la France permettent la culture en pleine terre de tous les agrumes sans trop de soucis de protection. Ailleurs, la protection hivernale et la culture en pot sont nécessaires
À l'abri du vent
Le vent est nocif car il assèche le sol, déshydrate la plante, fait baisser la température et peut arracher les feuilles ou abîmer les fruits. Une certaine protection s'impose : cultivez vos agrumes derrière un mur, une haie, une palissade... Connaissant l'important besoin en eau des plantes, cela suppose également d'arroser davantage les jours de vent.
Les situations plein sud, à l'abri d'un mur , constituent toujours des emplacements privilégiés pour les agrumes..
Les seuils de résistance au froid
Les agrumes résistent , selon les espèces, à des froids allant de -4 à -12 °C . Les températures indiquées dans le tableau ci-contre sont celles à partir desquelles il y a danger pour la survie d'un arbre établi, mais les jeunes pousses, les fruits et les jeunes arbres commencent à souffrir avant. L'une des principales raisons résultant des différences de résistance entre espèces réside dans la capacité de la plante à se mettre plus ou moins en arrêt végétatif (en dormance).
La dormance conduit à une diminution de la circulation de sève et à la diminution de l'eau dans les tissus végétaux. Les cellules, étant ainsi plus concentrées en sucres et en sels minéraux, résistent mieux .
Les kumquats et les mandariniers Satsuma ont cette faculté-là et résistent jusqu'à -10/-12 °C . Citrus ichangensis est l'agrume à feuillage persistant qui résiste le mieux au froid ( -15 °C ). Les Poncirus , au feuillage caduc, résistent quant à eux jusqu'à -18 °C .
On a tenté également de transférer par hybridation les capacités de résistance au gel d'une espèce rustique à une espèce ayant de grandes qualités fruitières mais sensibles au froid. Les limequats, issus de l'hybridation de kumquat (-10 °C) avec une chaux (-4 °C), possèdent ainsi un seuil de résistance intermédiaire de -6 °C.
Cependant, bien d'autres facteurs contribuent à modifier ces seuils de résistance :
• L'âge de l'arbre : les arbres jeunes sont plus sensibles et commencentont à souffrir avant les températures indiquées dans le tableau.
• L'organe de l'arbre : les jeunes pousses et les fruits marquent des signes de gel assez rapidement, sans que la plante soit pour autant en péril. Une température de -3 °C est suffisante pour détruire la récolte des fruits. À maturité, les fruits gagnent 2 °C supplémentaires grâce à leur taux de sucre plus élevé dans les cellules. En pot, les racines sont plus sensibles au gel qu'en terre.
• L'époque à laquelle le gel se produit : si le froid intervient à un moment où les températures sont depuis plusieurs semaines assez basses, la plante est en dormance et peut supporter un froid plus intense. En revanche, un coup de froid intense survenant alors que la plante est en pleine végétation peut être fatal.
• La durée du gel : un froid de fin de nuit de quelques heures est moins destructeur qu'un froid qui dure plusieurs jours, même s'il est moins intense.
• La variété : à l'intérieur d'une même espèce, on observe également des différences de résistance entre variétés. Le citronnier 'Meyer', par exemple, est réputé pour être plus résistant que les autres. Cependant, notre propre expérience de cette variété, en pot, ne nous permet pas de le confirmer. Certains de nos clients ayant planté cette variété en pleine terre ont constaté une bonne résistance. Par prudence, nous vous conseillons de le protéger dès -5/-6 °C. Toujours d'après notre expérience, les citronniers panachés sont un peu plus fragiles au froid que les autres. Nous avons constaté une sensibilité au-delà de -5 °C.
CLASSEMENT DES ESPÈCES SELON LEUR DEGRÉ DE RÉSISTANCE AU FROID
(froid de fin de nuit, sous abri, pour des plantes établies en pleine terre)
Espèces
Températures critiques*
Zone de rusticité
Régions où l'on peut cultiver ces espèces en pleine terre**
Cédratier, Limettier, Lime
-3/-4 °C
10
Frange littorale méditerranéenne, (1 km), littoral corse, Biarritz
Citronnier, Bergamotte, Combava, Calamondin
-4/-6 °C
10
Frange littorale méditerranéenne, (1 km), littoral corse, Biarritz
Mousse de pamplemousse, Limequat
-6/-7 °C
9
Languedoc, Pays basque, littoral atlantique et breton
Pomelo, Oranger, Mandarinier, Clémentinier
-7/-8 °C
9
Languedoc, Pays basque, littoral atlantique et breton
Bigaradier, Citronelle
-8/-10 °C
8
Abri des murs, grandes villes intra-muros
Kumquat**, Mandarine Satsuma, Yuzu
-10/-12 °C
7
Abri des murs, grandes villes intra-muros
Citrus ichangensis
-15 °C
7
Partout
Poncirus trifoliata
-18 °C
6
Partout
* À ces températures, l'arbre n'est pas endommagé , mais quelques degrés de plus peuvent suffire pour le détruire. Elles correspondent à des seuils critiques et sont des données à titre indicatif.
** Ce qui ne veut pas dire qu'on ne doive pas protéger l'arbre si la température descend trop bas, ni qu'il soit à l'abri d'hivers exceptionnels qui risquent de le mettre à mal.
*** Attention , le fruit du kumquat arrive à maturité en mars : il est pendant l'hiver très sensible au froid et dès -3/-5 °C.
*** Il faut protéger le collet des racines, avec un voile d'hivernage, encore appelé voile non tissé.
Protection contre le gel
• Ne fertilisez pas et ne taillez pas en plein hiver : ces travaux mettent la sève en mouvement et rendent la plante plus sensible au gel.
• Ne taillez pas trop sévèrement si vous êtes en zone limite : la frondeaison protège le bois et les fruits. Toute blessure est une porte ouverte à la pénétration de la glace.
• Maintenez la plante dans un bon état sanitaire : un arbre plus vigoureux résiste mieux au froid.
En pleine terre
Encore une fois, il convient d'évaluer les caractéristiques climatiques du lieu de la future plantation et d'y planter les variétés les plus adaptées. En zone limitée, utilisez la protection que procure les murs de la maison. Vous pouvez même palisser les agrumes, c'est magnifique !
Si le thermomètre descend trop bas, il est possible d'emballer la plante dans un voile d'hivernage. Vous en trouverez dans les commerces de différentes sortes. Ils sont légers et poreux. Le gain de température est de l'ordre de 3 à 4 °C, davantage si vous doublez le voile et si vous tenez bien humide les plantes par arrosage. En effet, l'humidité qui va tapisser l'intérieur du voile forme une pellicule de glace protectrice. Il est cependant nécessaire d'aérer régulièrement les plantes pour éviter la pourriture des fruits ou la chute des feuilles. Il est également possible d'utiliser une guirlande ou une ampoule étanche qui dégagera suffisamment de chaleur sous le voile.
Il existe également dans le commerce un cordon chauffant que l'on enroule dans les branches pour le même effet. N'utilisez pas de films plastiques, ils ne sont pas efficaces et risquent de brûler la plante en cas de contact avec les feuilles aux premiers rayons du soleil. Le paillage des racines n'apporte pas grand-chose si le porte-greffe est résistant.
En pot
Dès que l'approche des seuils critiques du tableau, l'agrume devra être protégé, à l'abri d'un mur, sous une terrasse, un balcon, ou dans un local non chauffé mais lumineux. On pourra le protéger avec les mêmes moyens que ceux utilisés en pleine terre. La protection des racines pourra dans ce cas être plus utile car le volume étant plus restreint dans un pot qu'en pleine terre, le gel est susceptible de s'étendre à toute la motte.
En cas de grands froids, il n'y a pas d'autre solution que de rentrer les pots dans son « orangerie ». Un garage éclairé par la lumière du jour pourra parfaitement faire un bureau d'orangerie, qui n'est autre qu'un bâtiment dont la façade est souvent dotée de fenêtres. Une véranda pas trop chauffée ou une serre froide conviendra aussi très bien. Notez également que les plantes « se prennent au chaud » si elles sont nombreuses, grâce à leur transpiration.
→ Il n'est pas nécessaire de disposer d'une orangerie, comme ici, pour véritablement abriter ses agrumes en hiver. Une simple pièce lumineuse, non chauffée, mais à l'abri du gel, suffit.
On évitera par contre les pièces chauffées à 18, 20 ou 22 °C de nos appartements ; l'ambiance trop sèche serait fatale aux agrumes, qui ne tarderaient pas à tomber les branches à la suite d'une chute des feuilles. Les orangers amers et la lime de Tahiti ( Citrus latifolia ) sont d'une moindre mesure des sources de lumière. Pour les autres agrumes, la proximité d'une source de lumière, l'apport d'eau et la vaporisation du feuillage restent essentiels.
Certaines grandes pièces à plafond très haut et à baies vitrées peuvent parfois convenir en intérieur, mais l'état de santé des plantes est à surveiller de près, en particulier l'arrosage.
Le calamondin , encore appelé « oranger d'appartement », est le seul agrume à tenir correctement en intérieur. Ses fruits très décoratifs persistent longtemps sur l'arbre. Consommables, sur les utiliser aussi en cuisine.
CE QU'IL FAUT RETENIR SUR LE FROID
• Ne plantez en pleine terre que les espèces résistantes au climat et aux conditions hivernales de votre région. Attention aux microclimats et aux froids exceptionnels : il faudra parfois les protéger.
• Les autres agrumes seront cultivés en pots qui seront protégés ou rentrés en orangerie pour l'hiver.
• Une « orangerie » peut être un garage avec la lumière du jour, une véranda peu chauffée, une serre froide.